Année Lumière, premières émotions maternelles

Année Lumière est une série débutée durant l’hiver 2024. Aquarelle, crayon de couleur et rotring sur papier.
Cette série d’aquarelles s’attache à retranscrire à travers une symbolique du lièvre les premières émotions maternelles lors de la première année de la naissance d’un enfant. Le terme « année lumière » fait référence à l’unité de longueur utilisée en astronomie, de symbole al, correspondant à la distance parcourue par la lumière dans le vide en une année julienne. Distance incommensurable.

Le symbole du lièvre peut se traduire de différentes manières en fonction du contexte et a évolué dans l’histoire et les cultures. Présent dans toutes nos mythologies, nos croyances, nos folklores. Il a été utilisé dans l’antiquité pour représenter la fertilité, associé à Aphrodite. Sa capacité à la superfétation le rend impur pour les hébreux. Il est un symbole ambigu chez les chrétiens ou pour les paysans aztèques. A la fois fécond, l’abondance inépuisable ,célébrant la vie, le renouveau mais aussi symbolisant une créature lubrique du monde souterrain. L’ambivalence symbolique du lièvre apparait souvent en des images ou croyances qui imbriquent les deux aspects - faste et néfaste.

D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes : Le lapin annonce toujours une prolifération quelconque des fantasmes, des idées, des émotions, des angoisses, etc. Tandis que le lièvre est en relation avec le dynamisme, l'agilité, les réflexes du mental, l'intelligence instinctive qui sait très exactement ce qui doit être fait et le fait au bon moment.

Dans cette série d’aquarelle, le lièvre est utilisé pour symboliser l’animal doté d’une ouïe très fine, qui surmonte les changements et suit son intuition. Il dépasse ses peurs en entrant en mouvement. Tout comme une jeune maman.

Cette série est accompagnée d’un texte. Un travail d’écriture, un assemblage de phrase, écrite pendant la première année.

Année Lumière - Travail d’écriture

Douze mois de toi, un mois très tôt, tes yeux d’années-lumière et ta bouche en merveilleux cœur.

Douze mois sur une nouvelle planète, sans jour ni nuit, une chambre, sans couloir ni étage. Le décor par la fenêtre est fixe, et même s’il change, peut-être, je ne le vois pas. Quand tu dors, tes petites mains dansent constamment. Elles remuent doucement, saluent franchement, ou se secouent, comme celles des prestidigitateurs au moment où ils crient abracadabra ! Quand il faut quitter la chambre, alors que tout commence, je voudrais tout recommencer. Douze moi de nuits, celles aux douze réveils. Le semi-sommeil, celui qui rend nos gestes plus instinctifs que réfléchis
- animal
on se sent lièvre,
- tu réclames le sein.

Sur moi, tes toutes petites jambes repliées contre toi. Je t’enserre et mon corps te cercle, t’enveloppe véritablement, une muraille de chair, de chaleur et de muscles. Nous sommes une hase et son levreau. Ce n’est pas une position pour dormir et nous dormons, pourtant.

Et tes pleurs, froissement de sourcils et de bouche. Quand tes pleurs arrivent, il y a nos tentatives de les stopper à temps, parfois nous disons oh non, oh non oooh non mon tout petit … et puis nous dansons, souvent ça ne fonctionne pas, parfois si, et on s’en réjouit.

Douze moi de ton odeur: c’est rond, jaune pâle, un mélange de lait, de farine, de biscuit.
Et tes bruits de plancher qui grince, de tous petits gémissements très aigus, de couinements de dinosaure quand tu bois.

Les journées sont à la fois longues et ridiculement courtes. On est déjà demain sans avoir vu se conclure hier. Nous n’aurons, aujourd’hui, comme tous les jours, fait peu d’autres choses que toi; Pour toi, il faut manger vite, marcher vite, se laver vite.
Vite, vite, vite.
Sentir la fatigue qui nous grignote l’intérieur, nous serre la gorge, et la combattre farouchement, parce que pour toi, il faut être là, guerriers.
Années-lumière de petits événements vécus à tes côtés, même s’ils sont, dans le temps, immédiatement collés.

Tu dors maintenant dans une autre chambre que la nôtre, la nuit, cela signifie que le silence n’est plus ponctué de ta respiration régulière; il n’y a que celle de ton père et la mienne, qui m’apparaissent soudain assourdissantes tant elles m’obligent à tendre l’oreille plus grand, à devenir renarde, lièvre, plus animale encore.

Toi dans une autre chambre rend l’obscurité plus inquiétante.
lièvre.
Toi dans une autre chambre que la nôtre, la nuit, me fait me lever d’un bond, et te rejoindre en quelques pas très rapides,
presque en courant, pour répondre à tes pleurs.
lièvre.
Toi dans une autre chambre que la nôtre, la nuit, divise mon sommeil, me garde l’oeil ouvert, droit, immobile.
lièvre.
Toi mon tout petit, je me sens si hase à tes cotés.

À tes années-lumière, mon adoré.

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